Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Où Suis-Je ? Où Vais-Je ?

  • CorineTitgoutte
  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !
  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !

A voir aussi

Rendez donc visite à La Carne, mon alter ego énervé. Blog satirique, hygiénique et apériodique.

 

Pour les oreilles :


  • Doude Baolescu : morceaux piochés dans l'ensemble de mon parcours musical.
22 janvier 1996 1 22 /01 /janvier /1996 22:09

Ceci est un texte qui date de mes tentatives d'études... on y sent déjà percer la mauvaise foi qui deviendra ma marque de fabrique par la suite ;)


J’allais m’inscrire à la fac, le cœur gonflé de cette fierté imbécile qu’on ne retrouve que chez les étudiants et les trisomiques, dossier en main, muni de différents documents demandés en pareille occurrence, léger comme la grue voletant en “ v ” au dessus des grisailles, le bec au vent et les mains dans les poches. La vue d’un vide désespérant dans le bureau où je devais préalablement retirer un document me permettant de récupérer mes droits à la sécurité sociale effaça d’un coup de mon altier visage cet air guilleret qui m’a valu tant et tant de gloires auprès des niaises et des femmes aux amours tarifées ; ce bureau ouvrait à neuf heures, et j’avais rendez-vous pour réintégrer le blazer en quittant le treillis à huit heures et demie. Ô cohérence administrative, gloire de notre pays aimé ! Une pensée vers Alfred Jarry et son Ubu me rendit un sourire en coin qui de tout temps avait fait la joie des mercières. “ Qu’à cela ne tienne ”, pensai-je dans une impeccable faute de syntaxe que je ne m’accorde qu’à l’oral ou, à la rigueur, in petto, pour rappeler à mon ego l’extrême inutilité à laquelle ma carrière me destinait. Arrivé dans la salle des inscriptions à l’heure du rendez-vous, je demande à la charmante accueillante de me laisser un répit pour réunir les pièces indispensables au bon déroulement de la susdite formalité, ce qui fut fait avec promptitude et un sourire, ce qui ne gâche rien.

Je franchis la demi-heure qui me séparait de l’ouverture du bureau en compagnie d’un café tiède et du Charlie Hebdo de la semaine, mon moral retrouvant ce teint frais de rose à peine éclose qui chaque fois m’évoque le papier peint des gogues de mon enfance.

Enfin le fonctionnaire m’accueillit avec la même mine renfrognée que le caporal qui m’avait pris en charge lors de mon entrée sous les drapeaux à la vue de ma crinière de lion sauvage et famélique.

J’expliquai ma situation : je suis salarié d’une entreprise tout à fait honorable, puisqu’elle me permet à la fois de manger et de laisser au contribuable des factures de téléphone astronomiques, dans laquelle j’ai effectué mon service militaire en tant qu’objecteur de conscience. J’ai donc besoin du document justifiant que je n’ai pas besoin de payer ma prise en charge par la sécurité sociale à l’université, n’étant pas, en cette occurrence, dépendant du régime des étudiants. Il regarde par dessus ses bésicles obsolètes le contrat de travail qui stipule que, en effet, j’en ai pour encore quelques temps à glander dans le pseudo social. Pas assez, cependant, me dit-il, pour justifier l’exonération du paiement des droits de sécurité sociale étudiante ; je lui rétorque que ledit employeur me réserve un contrat emploi-jeune, et que ce présent contrat temporaire n’est destiné qu’à faire le lien entre la fin de mon service et l’inévitable approbation dudit futur emploi, l’examen de son bien-fondé en étant encore aux mains, et je flaire le complot, des fonctionnaires concernés, poil au nez.

J’en ai rien à péter, tu casques, me répondit en substance l’éponge sèche qui me faisait face.

Soit.

Je m’élançai donc dans la file des étudiants à inscrire. Quelques habituels instants d’attente à regarder les employés administratifs buller ou les apprentis cons se mettre le doigt taché d’encre et reniflant l’hymen de pucelle dans le pif, et enfin je m’approche d’une ravissante jeune personne qui d’un sourire convenu m’invite à m’asseoir en face d’elle ; ce que promptement, et avec un plaisir non dissimulé, je fis. Elle regarde mon dossier vaguement, et me demande la photocopie de ma carte de sécurité sociale ; je lui fournis celle, non de l’année passée, mais de la précédente, l’armée ayant pour vingt mois pris en charge le destin de ma santé. Une lueur d’incompréhension balaye son doux visage et ses beaux yeux ; elle me dit enfin qu’elle ne peut accepter ce document. Il lui fallait la carte de l’année passée. Patiemment, je lui expliquai que, au service exclusif de la France éternelle, je n’en avais pas. Mais que j’avais le document justifiant ces vingt mois passés sans ce bout de papier sans lequel le cancéreux ne pourrait pas engraisser si longtemps ses métastases dans les lits d’hôpitaux, profitant aux frais de la contribution collective des mets nectarins, des boissons ambroisiaques et des soins approximatifs aux noms helléniques qu’on dispense en ces lieux. Nouveau refus de la demoiselle. Je commençai à moins l’aimer, et mon érection de menaçante se fit évasive.

Allez donc chercher une pièce justificative d’affiliation aux locaux de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, me dit-elle enfin, et revenez me voir après. Je commençai à mûrir ce présent texte en m’y rendant. Sis bien évidemment au Centre ville, à environ un quart d’heure de voiture de la faculté ou, pour être plus exact, à une demi-heure de parking, Dijon ne faisant pas exception à cette règle citadine qui stipule que plus il y a de places de parking, moins on en trouve de libres, les bureaux de la CPAM s’enorgueillissaient de leur emplacement charmant et discret, dans une toute petite rue, à dix minutes au moins de la première place ; c’est la dernière qui m’échût, évidemment. Un quart d’heure de trottinements éreintants m’amenèrent enfin devant le saint du saint des tracasseries tentaculaires et papivores ; une pensée pour le chef Rahoni, et je pénétrai l’antre aux fainéants. Je n’étais pas seul... Particulièrement, une dame graisseuse du cheveu et basse du cul me précédait.

Cet immondice refoulait du groin des sinus qu’on imaginait inaptes à leur fonction, c’est-à-dire se gorger d’un mélange de dioxyde de carbone, d’azote, de gaz d’échappement et, de temps à autres, d’un peu oxygène dont il est recommandé de ne point abuser, l’heure et la conjoncture actuelles n’étant point à l’euphorie. D’une main velue de méditerranéenne qui s’assume, elle extirpait de son sac en faux cuir des mouchoirs jetables en vrai papier pour les tartiner bruyamment de ses expectorations visqueuses et jaunâtres, puis les repliait non sans y avoir au préalable jeté un regard scrutateur et critique, et les remettait dans son sac. Elle tuait ainsi le temps en attendant que les dignes fonctionnaires daignent finir leur café, leur cigarette, leur papotage, bref, leur dur labeur matinal, et l’accueillent enfin au guichet qu’elle convoitait.

La préposée arriva enfin d’une démarche de dinde - ce qu’elle était peut-être - sodomisée - ce qu’elle était sûrement - tenant à la main un miroir de poche au reflet duquel elle admirait à la fois la bonne tenue de son rimmel Prisunic et l’insondable absolu de son insignifiance dont témoignait son beau regard bovin de vache qu’on trait. Voyant le bestiau que ses attributions administratives obligeaient à prendre en charge, elle retint un hoquet, mouillé des dernières gorgées d’un café torréfié sans nul doute par les glorieux Ponts et Chaussées tant il ressemblait à s’y méprendre à du jus d’autoroute.

Quelques éons passèrent au cours desquels j’ai pu entendre plus d’âneries absconses que les fauteuils de l’Académie Française qui pourtant ont vu défiler plus d’un discours d’intronisation, plus d’un article de dictionnaire et plus d’une flatulence d’Immortel en bout de course.

Enfin, mon tour. Je vous épargne le redéballage de mon linge sale, vous laissant pour la bonne bouche la réponse de la génisse trentenaire et ravalée de frais.

Mais monsieur, dit-elle, vous n’avez besoin pour vous faire réimmatriculer que de votre ancienne carte de sécurité sociale, quel que soit son dépassement de péremption !

Puis elle m’expliqua par le menu et le détail le fonctionnement de la procédure ; je vous l’épargne là encore, estimant de mon devoir envers vous de ne point faire déraper mon récit du complexe à l’obscur. Ce que j’en retenais : j’avais fait tout cela pour rien. Il était onze heures et demi.

Reprendre ma voiture me prit dix minutes au terme desquelles déjà mes hardes de loques devinrent serpillières sous l’effort soutenu d’une course haletante. Retourner à l’université m’en prit cinq, montre en main, la mémé au caniche vous confirmera que j’allais vite.

Midi moins le quart, me voilà de retour dans ce haut lieu de la culture mon cul. Une sécurité : je repasse sur le premier lieu du crime (chez l’éponge sèche, donc, suivez, un peu, sinon on ne s’en sortira jamais), pour faire approuver ma situation. Le bonhomme tout à la pensée de ce que sa truie castratrice lui aura fait pour déjeuner, m’écouta distraitement, puis sortit un papier qu’il crassa de pattes de mouches. Un papier qui clouera le bec, m’assura-t-il, à toute objection réprobatrice de la part de la petite demoiselle que j’allais quérir d’un pas allègre, cette fois, sentant dans mon Petit Bateau le frémissement caractéristique des joies simples. Je la croisai sur le seuil de la vaste salle d’inscription. Me reconnaissant, elle baissa subrepticement les yeux, puis, le courage revenu, les planta dans les miens en débitant d’une voix rapide : c’est fermé, revenez cet après-midi...

J’ai école, madame, lui dis-je ; je sais bien le temps qu’on laisse aux étudiants pour parfaire par eux-mêmes leur culture de chanvre indien, et qu’on peut se permettre de les faire revenir, et revenir encore. Mais, et vous le savez puisque c’est la source de ces va-et-vient continuels, je suis salarié d’une entreprise qui me paie à rien faire, certes, mais à le faire à horaires fixes durant trente-cinq heures par semaine, ce qui prouve encore, si besoin était, qu’elle est dirigée par un intellectuel de gauche. Ayant déjà pris sur sa gracieuse patience une matinée que j’ai employée par vos soins à faire pour vous la même chose que pour lui, et ce gratuitement, ce qui mettrait en rage n’importe quel patron, j’avais espéré que vous eussiez pris sur votre précieux temps les quelques dérisoires minutes nécessaires à mon intégration aux bancs usés des amphithéâtres estudiantins.

Je ne peux pas, répondit-elle, je dois aller chercher ma fille à la crèche !


C’est désormais votre à votre avis que je souscris... Selon vous, dois-je exercer les émanations de ma misanthropie latente à l’égard des administrations kafkaïennes ? Ou bien des ravissantes mères de familles briseuses de rêves érotiques ? Ou bien des chafouins fonctionnaires humanisant désavantageusement nos précieuses institutions ? Ou bien de tout cela à la fois ? Car tout de même, je ne vais pas me mettre, comme j’en suis tenté, à haïr toute l’humanité ?


Si ?

 

 

Leduc - 1996

 


Partager cet article

Repost 0
Published by leduc - dans Mèches courtes
commenter cet article

commentaires