Rendez donc visite à La Carne, mon alter ego énervé. Blog satirique, hygiénique et apériodique.
Pour les oreilles :
L'odeur de cuisine chasse tout à fait les relents de moisissure ; les clapotis de la sauce qui mijote sur la plaque électrique composent une sorte de batucada feutrée pendant que Jérémy, sur son canapé, un verre d'eau pétillante posé sur la table basse, tient son stylo débouché au dessus de la couverture intérieure de "Nos retrouvailles", par Charlotte Coventry. Il réfléchit, concentré. Il a un bon quart d'heure devant lui pour trouver les mots justes. Ils ne viennent pas ; Jérémy se sent complètement dépossédé devant cette page vierge - son esprit divague : pourquoi cette page complètement blanche, recto-verso, au tout début du livre ? A quoi peut-elle bien servir ? Il presse cette feuille contre la suivante et voit apparaître le titre par transparence. Il n'y a guère que cela qui porte encore un sens dans cet objet. Levant le nez, il s'aperçoit que le temps a filé. Bientôt l'heure de se mettre à table. Il écrit soigneusement son nom, son adresse et son numéro de téléphone dans le coin supérieur gauche de la couverture intérieure, relit son oeuvre et la trouve un peu légère. Son stylo dessine des arabesques dans l'air au-dessus du papier, puis vient se poser à la fin de la dernière ligne, son numéro, pour tracer un point. Là, c'est complet. Il referme le livre, le pose délicatement sur la table, finit son verre d'eau pétillante et va se servir à manger. Il est vingt heures.
Et ben voilà, c'est exactement à ça, qu'elle sert, cette page...
(dis donc : tu distilles au compte-goutte, hein... monsieur sait se faire désirer... ;o)
Oui, mais il écrit sur la couverture, lui :p