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Où Suis-Je ? Où Vais-Je ?

  • CorineTitgoutte
  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !
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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 10:42
CHAPITRE QUINZIEME



Lorsque l'infirmière eut à regrets effectué l'effort de nous tolérer dans son champ de vision, elle nous admit d'un geste péremptoire dans la salle exiguë où ses consoeurs et elle, en bonnes professionnelles, passaient leur temps en débats savants sur la dernière opération des seins de Pamela Anderson, et sur les visites régulières dans leur service de célébrités de l'intelligentsia telles que Christophe Lambert ou Dalida (qui ne passe plus, Dieu sait pourquoi). 
Sur son badge, le prénom Ursula nous évoqua tant James Bond que nous lui laissâmes notre Andress et notre numéro de téléphone. A la suite de quoi nous nous mîmes en devoir de la questionner, avec toute la rouerie dont nous nous savions capables, sur ces mystérieux transporteurs routiers marqués de l'oeil rouge et menaçant.
Attention, hein ! Je n'ai pas dit que tous les routiers étaient menaçants, pas d'équivoque ni de polémique, Victor, s'il te plaît. Encore que. C'est vrai qu'en y pensant, s'ils n'avaient leurs bras gros comme des bittes d'amarrage, ils trembleraient devant notre légitime colère de futurs ultraviolés cancéreux, ces réchauffeurs routiers. Mais comme avec eux la peur donne diesel, je me vois dans l'obligation de voler au secours des générations futures en dénonçant, une fois encore et malgré les risques que cela implique pour la grâce de mes traits, l'absolue dangerosité du camionneur.

D'abord, le camionneur est fourbe. Il nous distille à hautes doses ses miasmes oléagineux ; l'or noir, dit-on ? Cela ne vaut que pour ceux qui prennent leurs poumons pour la Banque de France. Avec tout ce que nous avons respiré, mon Marquis et moi, nous pourrions travailler chez Total, comme plein gratuit en cadeau de fidélité. Le pire, c'est que ça passe - presque - inaperçu, habitués que nous sommes à faire endurer à nos narines les derniers outrages, de cheminées d'usines en eaux de toilette de supermarché.

Ensuite, le camionneur est impitoyable. La légende le dit sympa, son patron le veut rentable ; en conséquence de quoi, même les auto-stoppeuses les plus court vêtues n'ont plus droit à ses faveurs. Ses calendriers illustrés suffisent à ses maigres besoins ; de toute façon, suivant la tendance des pays nantis, le routier, de gros est devenu hénaurme, si bien qu'en plus de ses pieds, son petit organe rabougri a également disparu de sa vue. Il suffit que sa main s'aventure à l'effleurer pour qu'il se croie en bonne compagnie.
Mais surtout, le camionneur est pressé. Comme tout le monde. Seulement tout le monde ne pèse pas ses trente-huit tonnes, et lorsqu'ils se pressent à plusieurs sur les routes engorgées, les mémères en Mini, les moutards en moto et les Jackys en Fuego font moins les malins et paniquent, à tel point que l'honnête homme qui ne demande qu'une voie de circulation, et encore, pas très grande, et un minimum de courtoisie dans le doigt tendu, se retrouve comme un fauve acculé, contraint au slalom géant pour éviter de froisser la précieuse tôle roumaine de sa Logan achetée à crédit.

En plus, c'est idiot : si le routier veut être à l'heure, il n'a qu'à prendre le train. C'est pourtant simple, non ?


*

*      *


Or donc, voici en substance ce que dit l'infirmière : l'oeil inquiétant était le logo d'une grande firme de culture d'organes oculaires clonés, la Cornée & Bifs. Elle approvisionnait une bonne partie des hôpitaux du monde et d'ailleurs en globes, rétines, cornées, iris et nerfs optiques. Les golden boys de toutes les places boursières lui faisaient les yeux doux, et le moindre éternuement discret de cette multinationale enrhumait bruyamment l'ensemble de la finance planétaire. Vous pensez : siège social sur un yacht battant pavillon bolloréen, comptes en banque dans la plupart des paradis fiscaux, succursales dans tous les pays où la main d'oeuvre coûte moins cher qu'un Carambar... Une entreprise, donc, tout à fait respectable ; les dirigeants européens ne se privaient d'ailleurs pas d'en saluer - en toute discrétion, sans doute pour n'en pas froisser la modestie - les nombreux mérites.

Bien sûr, quelques grincheux tentaient de temps à autres de salir l'image de la firme. Mais quelle meilleure preuve de son excellence et de sa haute tenue morale que ceci : les actionnaires de la Cornée & Bifs sont pour la plupart de proches amis de nos dirigeants, ministres et députés, dont la réputation de probité n'est pas à mettre en doute ! Alors ?


Alors rien, nous n'avions de toute façon pas compris grand-chose aux explications absconses de l'infirmière toiseuse.

Nous subodorions juste qu'il allait nous falloir en découdre avec cette bande d'oculés.


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commentaires

Leduc 24/04/2008 10:40

J'y travaille, j'y travaille... pas souvent... c'est pas dit que ça finisse pas un jour, cette histoire de 13 ans !

Le Marquis 08/04/2008 02:12

Oh la la je suis tout retourné. Un livre dont je suis le héros. Je croyais ce texte perdu dans les méandres du musée de l'informatique, au rayon Disquette 3,5" mais non, mon duc, sa documentaliste et John Web avaient fort savamment sauver de l'oubli cet épitaphe estudiantin.Alors du coup je m'interroge, qu'est devenue Euphoria... 13 ans qu'elle attend que le duc et le marquis la retrouve... Et Ingrid qui se plaint après seulement 6 ans (oups, c'était juste une "Parenthèse")...NB : Mon duc, vous êtes comme le bon vin... Mais bon au rythme d'un chapitre par an, j'espère vivre vieux... Faut se remettre au boulot 

cubik 21/02/2007 13:14

moi je dis, c'est pas dit qu'ils la niquent