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Où Suis-Je ? Où Vais-Je ?

  • CorineTitgoutte
  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !
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20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 21:28
CHAPITRE QUATORZIEME


Je demanderai ici à l’éventuel éditeur de bien vouloir publier cette partie du livre en braille, étant donné que ce passage est tout entier dévoué à la cause des aveugles ainsi qu’aux courageux héros luttant contre le destin, aveugle lui-aussi, pour redonner à ces hères pas forcément pauvres, la vue qu’il leur prit cruellement (le destin). Hum.
Finalement, non, laissez tomber, les aveugles ont suffisamment de soucis comme ça.

Vous pouvez vérifier, l’hôpital (enfin, l’un des hôpitaux) de Dijon est également près de la fac, c’est vous dire si ce roman est bien fait. Pour nos pieds, je veux dire.

Ce qui est moins sûr, c’est que le service de chirurgie des yeux (ahah !) se trouve au quatrième étage.
C’est néanmoins là que nous nous rendions, sur les indications de la dame préposée à, et pour honorer les conventions des œuvres de fiction qui tiennent tant à ce que les personnages, fussent-ils des services de chirurgie oculatoire, fussent maquillés afin que leur ressemblance avec des trucs existants fusse purement fortuite pour le bon plaisir des gens qui n’aiment pas se reconnaître ailleurs que dans leur petit miroir narcissique à la lueur malsaine de leurs matins blêmes. Je tire à la ligne pour vous faire oublier que j’ai écrit trois fois “ fusse(nt) ”, ce qui est beaucoup pour une seule phrase, tous les instituteurs de campagne vous le diront.

Nous parvînmes donc après l’ascension au seuil d’un vaste hall linoléé (on dit bien carrelé, non ?), exhalant l’éther par une porte battante double qu’hardiment nous franchissâmes. Nous reprîmes rapidement notre souffle après avoir, en une phrase seulement, monté quatre étages par les escaliers et ouvert une porte, le tout au passé simple, ce qui tient de l’exploit.
Le hall était le théâtre d’une agitation incessante ; des personnes en blouse blanche couraient à la suite de personnes en lunettes noires, ce qui nous fit tout de suite penser à une soirée V.I.P. chez Régine ou à Saint-Tropez, quand les brutes thérapeutiques des maisons de retraite huppées pour stars finissantes viennent récupérer manu militari leurs pensionnaires en bamboche, à dix-huit heures pour la soupe.
Après avoir cherché quelques instants Bardot des yeux, au cas où, pour lui balancer du mou de veau en travers de la gueule, nous nous mîmes enfin en quête d’une aimable infirmière qui eût pu nous renseigner sur l’étrange et inquiétant symbole qui avait mené nos pas incertains (mais libres d’ampoules, merci) jusque là.

Justement, sur notre droite, une porte vitrée où brillait une petite plaque dorée marquée “ bureau des infirmières ” nous indiqua fort justement le bureau des infirmières, comme quoi le Port-Salut n’a rien inventé.
A l’intérieur, ces héroïnes camphrées bourrées d’éther et de savoir médical, entre autres, étaient tout occupées à leur rude combat contre le destin aveugle dont il est question plus haut, mais je vais finir par me répéter si je n’y prend pas garde. Rude combat (vous voyez ?), donc, où ces combattantes, armées seulement de leur courage, et de quelques seringues affûtées tout de même, on n’est pas chez les scouts ici, tâchaient de guérir une foule anonyme d’aigris pointilleux sur tout, critiquant de la soupe insipide de ces endroits jusqu’à la manie pourtant sympathique des personnels soignants de vous appeler par le nom de votre maladie. A la décharge de ces rabat-joie, il est vrai que, cécité faisant loi, l’humeur n’est probablement pas à l’euphorie quand on souffre à l’œil (la santé n’ayant pas de prix).

Ne croyez pas que nous suivrons l’habitude de vous placer un laïus sur le thème en cours comme nous avons pu le faire à propos de l’université, des supermarchés, des architectes ou des ingénieurs ; loin de nous l’idée de railler Asclepios en son antre, des fois qu’il nous y garde, le con. Non, l’Hôpital est trop digne, avec ses nobles chercheurs ès verrues plantaires, ses médecins sachant le latin bien mieux que la politesse, ses infirmières pas polissonnes pour un sou qui font un pied de nez à l’imaginaire populaire et salace des maniaques de l’uniforme (et oui, tout se perd, ma bonne dame, jusqu’aux bas seuls sous une blouse échancrée ; aujourd’hui, il suinte autant d’érotisme d’une infirmière que de sueur dépourvue d’E.P.O. d'un sportif, l'un comme l'autre du même coup devenant arguments rédhibitoires à la libido) ; ses aides-soignantes portugaises, ce qui est loin d’être un défaut, qu’on cantonne aux tâches subalternes par manque de personnel alors que leur talent supplante bien souvent les balbutiements thérapeutiques de jeunesses sorties des écoles, diplôme de carton en poche ; et tous les autres personnels administratifs, de service, d’entretien, qui poussent la sollicitude jusqu’à n’afficher que rarement, en lieu et place d’un vague mépris pour l’être faible et couché distillateur de germes malsains, le sourire de commisération et de circonstance qu’ont les cons devant plus malheureux qu’eux.
Ô, vision scabreuse de ces sauveurs d’une humanité imbécile dont ils sont les bien dignes fleurons !

Non, nous ne parleront pas non plus des patients ; ni ceux qui, trop pauvres pour avoir la télévision dans leur dortoir encombré, s’occupent comme ils peuvent en emmerdant sans relâche les braves femmes reliées au petit bouton qu’ils tripotent comme un puceau tripote un clitoris, trop vite et très mal ; ni ceux qui sont trop riches pour imaginer un seul instant qu’on ne puisse les guérir dans l’heure, se préparant déjà sur la table d’opération à signer un chèque fouisseur de trou de sécurité sociale comme on passerait à la caisse de chez Fauchon, et exigeant par la vertu d’icelui un service qui convient à leur rang.
Ô, vision apocalyptique de tous ces emmerdeurs couchés crachant à la médecine debout leurs exigences futiles de grands malades de l’existence !

L’hôpital certes vivrait mieux sans malade.

Mais voilà, vous nous avez eu, d’accord, nous déblatèrâmes, avec la mauvaise foi constante qui nous honore, sur l’hospice, alors que, si nous étions véritablement honnêtes, nous aurions dû fustiger quelque Ministère de la Santé, voire quelque Secrétariat d’Etat aux Personnes Âgées. Mais, en toute franchise : n’avons-nous pas été suffisamment témoins de leur ridicule lors d’une récente canicule qu’ils soignèrent à coups de climatiseurs propices à la prochaine éclosion épidémique de pneumonies doubles ? Ne se sont-ils point suffisamment couverts d’opprobre quand, non contents d’être de droite, honte à eux, ils poussèrent le cynisme inhérent à leur bord jusqu’à conserver le polo Lacoste en causant à la télé alors que tant de jeunes banlieusards désespèrent de trouver des vieilles suffisamment pensionnées pour s'offrir la marque au crocodile ?
La rue ne gouverne point, d’accord. Laissons-la donc renverser les têtes qui s’imaginent gouverner à sa place ; que dis-je, laissons-la ? Non, poussons-la, car la rue, dans ses revendications légitimes, devrait être poussée un peu plus loin que la place de la Bastille, joli coin de Paris certes, mais politiquement aussi efficace qu’un discours de Mesrine au volant de sa voiture pendant son arrestation. La démocratie en France ne fut, en fin de compte et depuis De Gaulle, que l’action dérisoire de remplacer le roi Louis par le roi des cons. Méditez un peu ceci, et vous aurez toute légitimité pour parler de démocratie américaine.


*
*    *

Tandis que revinrent les petites étoiles chéries, nous frappâmes donc à la porte vitrée du bureau des infirmières.
Quelques éons plus tard, une blouse blanche vint nous ouvrir sans un regard. L’infirmière est généralement petite, si bien que, même avec les semelles compensées livrées avec la blouse, elle ne peut signifier sa hauteur en toisant ; ne lui reste, pour montrer son mépris au profane, que la solution de regarder ailleurs.

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commentaires

cubik 21/02/2007 09:19

'tain, tout un chapitre sur des infirmières et toujours pas de nichon en vue, c'est désespérant >)