Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Où Suis-Je ? Où Vais-Je ?

  • CorineTitgoutte
  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !
  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !

A voir aussi

Rendez donc visite à La Carne, mon alter ego énervé. Blog satirique, hygiénique et apériodique.

 

Pour les oreilles :


  • Doude Baolescu : morceaux piochés dans l'ensemble de mon parcours musical.
19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 21:41
CHAPITRE DIXIEME (mon Dieu, comme le temps passe !)


Or donc, l’œil était, non dans la tombe mais sur le papier, et regardait non pas Caïn, ni caha, mais la face rosie par le ridicule de votre humble serviteur. Habilement grimé sous l’aspect de formes géométriques simples, c’était bien un œil qui nous regardait depuis son support de vélin. Mais de quoi pouvait-il bien s’agir ? Symbolisait-il quelque Big Brother omniscient prêt à briser nos vies au moindre écart de comportement ? Etait-ce l’œil du tigre qui annonçait les pains qu’on allait se prendre sur la tronche ? Ou bien encore, l’œil de bronze qui nous rappelait à notre condition de trous du cul ?

Sans vouloir nous faire mousser, il faut bien avouer que nous n’en sommes qu’au chapitre 10 et déjà vous avez pu être témoins : d’un peu d’érotisme de bon goût, d’exotisme torride (ah ! les gazelles…), d’un coup de théâtre, de mystères étranges et d’habiles déductions. On ne pleure pas sur la marchandise, nous autres, et si après le roman de gare nous avons inventé la littérature charcutière, vous ne pourrez pas dire que comparé au pâté de foie, ça fait cher du kilo. Honnêtement, l’intelligence d’un bouquin de Brigitte Bardot et la pertinence d’un de B.H.L. (le Bazar de l’Hôtel de Lille) pour le prix d’une place de ciné où on joue le dernier Van Damme, n’allez pas dire qu’on vous vole !

Nous décidâmes donc de nous rendre chez l’opticien (c’était un canice, sans doute) le plus proche. En effet, quelle meilleure piste pour un œil, quel meilleur prétexte aux jeux de mots les plus débiles qu’un oculiste ?

CHAPITRE ONZIEME (eh oui, déjà)


Par chance ou convention romanesque, l’opticien susdit n’était pas très loin, épargnant, à nous les douloureuses ampoules aux pieds que nous avons fort délicats, et à vous l’oiseuse description d’un trajet interminable qui, s’il eût pu nous permettre d’étaler un peu plus notre verve géniale pour tirer à la ligne, n’aurait finalement contribué qu’à rendre aux plus insomniaques lecteurs un sommeil précaire et précoce. Bénéfice indigne s’il en est puisque la France, se targuant d’être consommatrice boulimique de somnifères et autres barbituriques (qu’elle en crève !), eût souffert de cette déloyale concurrence à l’égard des laboratoires pharmaceutiques qui ont d’autres chats à fouetter et d’autres toubibs à arroser de leurs bienfaits pour qu’ils vantent sur ordonnance les vertus à la mode de la dernière poudre de Perlimpimpin tout droit sortie d’usines rhône-alpiennes et cancérigènes.

L’oculiste (je ne m’en remettrai pas…) était sis donc au coin de la rue, entre un bistrot qui servait l’absinthe du temps où les vrais poètes avaient à cœur de devenir, avec une obstination qui tient du génie, de vrais loques aveugles et bavantes (et maudites, évidemment), et un magasin de télévisions (qui s’est installé plus tard, en lieu et place d’une imprimerie en braille).  Autant dire que le marchand de binocles était visionnaire, et riche quand bien même il n’était point ailleurs.
L’aveugle n’étant point forcément sourd, c’est une clochette au timbre d’argent (car l’argent appelle l’argent, adage de marchand, de lunettes ou autre) qui signalait au boutiquier l’entrée de portefeuilles dans son boui-boui (blecture bfavorite bdu bMarquis).
Deux clients déjà nous y avaient précédés.

La boutique disposait d’un éclairage particulier, lumineux en vitrine où s’exposaient à tous les passants des culs de bouteille de soleil et des Ray-Ban hors de prix, et plus sombre là où se trouvait l’inévitable tableau plein de lettres qui serait plus passionnant à lire que le présent ouvrage si les premières lignes, énigmatiques, ne demandaient pas tant d’efforts. Au tableau, justement, en guise de cancre, l’un des clients ânonnait crânement en les égrénant ces lettres diagnostiques :
“ M… E… R… D… A… pardon, E… A… C… E… L… U… I… Q… U….I… L… I… T…”, etc.
Il était petit, joufflu, fessu, moitié à poil, moitié à plumes, adossé d’un carquois et portant l’arc en triomphe. Une main devant un œil, le droit crois-je me souvenir, le gauche désorbité à force de suante concentration, il tentait de lire la ligne du bas, la plus grosse. C’était l’allégorie la plus ratée de toute l’histoire de l’amour.
Attendant patiemment son tour devant l’amoncellement inconcevable de montures, de verres, de monocles qui tenait lieu de mur du fond, l’autre client, une cliente pour être sexuellement précis, frimait avec sa grande épée dans une main et une balance (peut-être réchappée des usines Corleone, plus vraisemblablement de Testut après Tapie) dans l’autre, en minaudant devant une paire qui vraisemblablement lui donnerait une allure de banquière. On se fera une idée plus juste de la Justice en étudiant avec attention la vie et l’œuvre du Roberval qui est dans le dico, bossez un peu, enfin, merde, quoi !
Mon Marquis et moi flânions, en attendant que le digne praticien daigne nous prendre en charge, au milieu de présentoirs qui nous jetaient quelques centaines de regards intrigués et réfléchissants (notamment en ce qui concerne les lunettes miroir, accessoire indispensable au Jacky pour apprécier pleinement les couleurs criardes de sa Fuego déplorable).
Mon noble compagnon s’essayait au m’as-tu-vu ; après superposition de quelques dizaines de Ray-Ban, lui ne voyait plus rien et commençait à heurter de ses bras gigantesques les rayonnages encombrés, jetant pagaille en la boutique et verroterie au sol. Devant le désastre, l’opticien interrompit Cupidon, le priant d’attendre que l’affaire fût réglée. D’ailleurs, l’Amour ne se fait bien qu’une fois l’affaire réglée, sinon la Justice vous le reproche. Je vous jure que ces personnages secondaires n’étaient pas là au départ pour justifier cette saillie grotesque et répugnante, mais que voulez-vous : je les avais sous la main, il fallait bien qu’ils servissent, compris ?
Laissant donc posé sur son cul Cupidon, le boutiquier se précipita près du Marquis qui entre temps avait chu au beau milieu d’une pluie correctrice et solaire (oui, oui, une pluie solaire ; oxymore, s’il vous plaît… les figures de style pleuvent également en un crachin discret mais compact). Toujours affublé de ses dizaines de montures, mon fidèle compagnon agitait ses bras en tous sens en criant qu’il était aveugle, qu’il ne voyait plus rien, que tout était noir, enfin bref, en hurlant un stock de paraphrases céciteuses démontrant l’étendue de son imagination littéraire, alarmant derechef l’occultiste des yeux. “ Laissez-moi voir ça ”, dit-il, prouvant qu’au moins lui avait l’alarme à l’œil.
Détrônant Amour, il installa le Marquis sur le tabouret inconfortable face au tableau et l’enjoignit à une gymnastique orbitale. J’étais inquiet. D’une part, la myriade et demi de lunettes était toujours sur le nez du Marquis, si bien qu’il n’y voyait rien. D’autre part, j’avais peur qu’une lettre traître et inconnue de lui plongeât mon compagnon dans une expectative qu’à coup sûr le marchand interpréterait à sa façon de marchand, c’est-à-dire en y trouvant prétexte à une vente, inutile mais dilapidaire, sous le nez inexpressif de la Justice qui n’arrêtait pas de donner des coups d’épée dans l’O du tableau, ajoutant à la difficulté de lecture de l’infortuné. C’était prendre Justice à bien contre-emploi, car ce n’était pas là manière de la rendre au Marquis.

C’est donc sur ce constat que la rage me prit. Laissez-moi digresser pour vous toucher (en tout bien tout honneur) un mot de la façon dont la rogne peut prendre un Duc. Cela monte doucement de la plante des pieds jusqu’au périnée où cela commence à redescendre plus rapidement aux genoux. L’un d’eux, s’étant historiquement épanché dans un accès synovique après un choc qui m’avait laissé tout pantelant, présentait une rotule assez flottante que la colère faisait vibrer, et gigoter, et blobloter à tel point que le mouvement se propageait maintenant jusqu’au menton qui rendait sensible au témoin le tremblement fiévreux d’une mâchoire, certes inférieure, mais propre et digne tout de même. Puis, après ces manifestations apocalyptiques d’une rage folle et meurtrière, cela partait comme c’était venu, c’est-à-dire par mes pieds qui, profitant de l’occasion, bottèrent en touche le postérieur maigrichon de l’opticien. Le praticien à terre, j’opportunisais le geste ferme et décidé de lui mettre sous le nez le dessin du Marquis qui figurait l’œil tragique signant le kip… le kin… l’enlèvement d’Euphoria.
“ Il va falloir m’expliquer ça ”, lui dis-je en toute bonne foi puisque je n’y comprenais effectivement rien.
“ C’est… c’est un œil, non ? ”, balbutia-t-il pitoyablement, frissonnant au froid contact de ma rage glacée, deux boules s’il vous plaît.

Je le remerciai puis partis.

*
*     *

Je revins sur mes pas dans un bruit argentin (c’est pas un tango, c’est la sonnette, bande de cloches). J’avais oublié mon aveugle, que je pris d’une main alors que de l’autre, méprisant, j’embarquais comme trophée une canne blanche pour combler le handicap de mon dévoyé Marquis. La tête haute (mais les mains sales), nous sortîmes de l’antre du marchand du Temple, en nous étonnant nous-mêmes ne n’avoir que si peu distordu verbo-ludiquement l’amusant terme d’oculiste, si tant prétexte à des potacheries faciles mais défoulatoires qui n’auraient sans doute fait rire que nous mais c’est déjà ça. Respirez, soufflez, chapitre suivant s’il vous plaît.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

cubik 20/02/2007 11:10

clairement pas dans le sens Pléïade, plutot dans le sens long >)

leduc 20/02/2007 10:49

Je sais pas comment je dois le prendre... >)

cubik 20/02/2007 10:43

ca commence a devenir Proustien cette histoire >)