Mercredi 10 juin 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman
Destin

Je me suis forcé à faire quelques recherches. Je n'en avais pas très envie, au départ, si ce n'est me renseigner sur les impressions de déjà-vu. J'aime assez peu l'idée de prendre appui sur des connaissances encore fraîches. Quand j'écris, j'ai confiance en la lente macération de ce que j'apprend qui s'opère en moi. Ce dont j'ai besoin vient tout seul, et donne de la spontanéité, un peu comme une gamme blues pour un guitariste : on la joue sans y penser.
Mais je me suis rendu compte que dans le cas d'un roman, un projet à long terme, la spontanéité ne peut pas suffire. On n'est jamais à l'abri d'un manque d'inspiration, d'un passage un peu faible et sans consistance. Les détails qu'on découvre en se renseignant à fond sur un sujet donnent de nouvelles idées, des directions auxquelles on n'aurait pas forcément pensé.
Ainsi la question du destin. J'en ai une idée assez précise dans le cadre de l'histoire que je veux raconter. Mais en creusant, en faisant des liens, je me suis aperçu que l'histoire de Jérémy a de furieux airs de famille avec celle d'Ajax, l'un des héros de la guerre de Troie.
J'ai relu Sophocle, du coup. Sa tragédie éponyme me donne un guide précieux pour le personnage de Jérémy. Dans Ajax, en effet, le héros est frappé de folie par Athéna. Après avoir été floué par ses alliés, les chefs achéens, Ajax jure de se venger ; une nuit, il se faufile près des tentes des chefs grecs et fait un massacre. Mais Athéna avait voilé ses yeux : il n'a égorgé que des moutons.
Lorsqu'il se rend compte non seulement de son erreur, de la vanité de son acte et de la colère divine qui l'a mené à ce point de déshonneur, il se suicide, alors même que des présages lui prévoyaient un grand destin s'il survivait à la nuit et présentait des excuses aux achéens.
L'ironie de cette histoire est fondamentale pour la compréhension de l'intrigue que je tente de mettre en place.
On ne se sert jamais assez des anciens...

Par Corinne Titgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

"On ne se sert jamais assez des anciens..." c'est ce que je dis tous les jours à ma jeune secrétaire.
Commentaire n°1 posté par Raimbaud+Warrior le 14/06/2009 à 11h48
pour les anciens, en revanche, "tous les jours" n'est qu'un bon souvenir
Réponse de Corinne Titgoutte le 16/06/2009 à 22h09
J'aime bien ton image de la gamme de blues quand ca coule tout seul sans y réfléchir, c'est exactement ça!
Commentaire n°2 posté par Mrs D. le 01/07/2009 à 08h45
Le truc, c'est qu'il ne faut pas s'y arrêter, sinon, on sonne comme il y a cent ans
Réponse de Corinne Titgoutte le 14/07/2009 à 23h32
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés