Samedi 26 septembre 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman

Le souffle chaud et saccadé de la fille enrobe son ventre ; elle a la tête posée contre son abdomen et elle pratique sur lui des caresses agaçantes et terriblement agréables, des gestes qui se confondent avec l’air qu’elle expire à un rythme qui ne laisse pas de doute sur son désir. Les tempes de Jérémy sont moites, ses yeux sont fermés et il se rend compte qu’il respire lui aussi bruyamment. Son cœur cogne dans sa poitrine comme une hache de bûcheron sur du bois de chauffage et ses coups résonnent en un tapage infernal qu’il estime perceptible dans tout l’hôpital. Cela ne fait qu’amplifier son excitation.

Il se laisse aller, bercé par le rythme des caresses et de son propre cœur, mais une pensée fugace fait poindre un soupçon d’inquiétude. Il est encore sous le coup de l’impression de déjà-vu qu’il avait ressentie à la visite du médecin. Une impression qui, tout au fond de son cerveau, titille son disjoncteur intime, son point limite de panique. Quelque chose cloche avec cette fille, et appuie au même endroit.

Il entrouvre les yeux.

Par CorineTitgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander

Jeudi 24 septembre 2009
- Publié dans : En direct de mon nombril
Je sais, il existe ce genre de fadaises partout sur le net, ce qu'on appelle les perles enfantines. La vérité sort de la bouche des enfants, en général, c'est pas le proverbe auquel j'adhère. Sur ce blog, et sur La Carne aussi d'ailleurs, ce qui sort de la bouche des enfants est moins racontable pendant les repas de famille.
Si je sacrifie donc au cybermarronier puérilo-machin, c'est d'une part parce que les mots d'enfant que j'y cite sont authentiquement de ma propre fille, ce dont tout le monde se fout mais quand même, et d'autre part parce qu'ils sont de véritables et d'irrésistiblement drôles pieds de nez à la mort.
J'inaugure donc avec la perle dont je fus l'auditeur au repas de ce soir.


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Ma fille, la bouche pleine et les yeux froncés, se tourne vers sa mère et lui demande : "Dis, est-ce que tu vas vivre pour l'éternité maman ?"
La bouche pleine aussi, un peu interloquée par la brutalité de la question, ma douce et tendre moitié (Lili, pour ceux qui ne le sauraient pas) lui répond que "oui, je vivrai pour l'éternité dans ton coeur, ma chérie", comme quoi elle n'est pas que spécialiste en M.A.O. (Méchanceté - Aggressivité - Opportunisme).
Apparemment satisfaite de la réponse, la nabotte reprend la mastication laborieuse de sa saucisse aux épinards.
Puis se tourne vers moi : "Et toi papa, est-ce que tu vas mourir dans longtemps ?".
"J'espère", lui dis-je avec beaucoup de conviction. Et pour ne pas être en reste de ma compagne, j'ajoute : "et moi aussi, même quand je serai mort, je continuerai à vivre dans ton coeur", ce qui témoigne, outre d'une absence totale de sens de l'à-propos, d'une tendance à la mesquinerie tout-à-fait écoeurante.
"Ah oui, dit alors ma fille, tu vas devenir très vieux avant de mourir ; et maman aussi, elle va devenir très vieille avant de mourir".
"Oui chérie, dis-je, l'espérant prophétesse, c'est exactement ça".
Et de cet air à la fois sérieux et plein d'amour de ces enfants qui offrent des cadeaux, elle conclut :
"Alors quand vous serez très vieux, je vous offrirai un caniche".

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Ca nous apprendra à lui laisser écouter Didier Super...

Par CorineTitgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
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