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  • J'arrive pas à choisir entre éducateur, musicien, écrivain ou dessinateur. Du coup, je vous laisse choisir ici !

Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 07:30
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman

 

Jérémy prépare du café tandis qu'Avenar, depuis le canapé de tissu noir, observe l'appartement aux murs blancs et nus puis, ne trouvant rien sur quoi fixer son regard, tourne la tête vers la fenêtre. Jérémy est contrarié par cette visite qui retarde le moment où il pourra ouvrir l'enveloppe de X.C.C. Il est d'autant plus agacé qu'il s'en veut des reproches qu'il adresse mentalement à Gilles. Il se demande s'il est ordinaire de se sentir à la fois réjoui et irrité. Après tout, Gilles a fait l'effort de venir prendre de ses nouvelles, et à la vérité, Jérémy a besoin d'un peu de compagnie. Le vide laissé par Rebecca l'affecte plus qu'il ne veut bien l'admettre.

Penser à elle réalimente sa frustration, et il doit produire un effort intense pour revenir à ses devoirs d'hôte. Il sert le café dans des tasses de porcelaine blanche, vieillottes, posées sur le bar qui sépare la kitchenette du salon où Gilles observe ses gestes précis.

La conversation est banale, entrecoupée de silences un peu pesants. Gilles raconte les petites péripéties quotidiennes du cabinet, lâchant quelques innocentes vacheries sur les collègues, les cadres, les secrétaires, les délégués syndicaux... Jérémy opine en souriant aux moments qu'il estime adéquats, plus par convention que par adhésion, sachant qu'Avenar lui-même déroule son récit machinalement. Peut-être cherche-t-il à installer ce genre de connivence professionnelle que Jérémy se sait incapable de lui donner en échange ; quoi qu'il en soit, cela ne paraît pas affecter son collègue.

Puis Jérémy lui dit qu'il en a encore pour quelques longues semaines de convalescence, et qu'il a rendez-vous chez son médecin demain pour préciser tout cela. Il donnera des nouvelles. Il est content d'avoir eu de la visite. Il le raccompagne comme il peut jusqu'à sa porte. Il le salue de la main alors que Gilles s'engouffre dans l'ascenseur. Enfin, il referme sa porte dans un claquement sourd dont l'écho se répercute dans les étages.

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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 23:08
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman

 

Il faut quelques instants à Jérémy pour reconnaître la silhouette en contrejour de Gilles Avenar se découpant dans l'encadrement de la porte. Lorsqu'enfin ses traits deviennent distincts, quittant l'éclat aveuglant du soleil pour la pénombre du hall, il y lit une expression mi-amusée, mi-inquiète. Avenar fait deux pas rapides vers Jérémy :

"Attends, vieux, je vais t'aider !"

Il fait passer un paquet parallélépipédique de sa main droite à sa gauche et saisit Jérémy sous l'aisselle. Il se sent horriblement géné, et souffle un merci sans conviction. Le sourire de son collègue est redevenu franc et direct : "Hé, t'es pas prêt à courir le cent mètres, dis !".

Jérémy sent qu'Avenar se retient de lui lancer une bourrade amicale sur l'épaule, et esquisse une contraction de tout le corps. Ils se regardent un peu génés. Puis Jérémy élance sa claudication vers l'ascenseur tandis qu'Avenar ramasse les prospectus épars, les remet à la poubelle et prend la suite de son collègue.

La brusque impulsion de l'ascenseur fait vaciller Jérémy, et Gilles avorte un mouvement destiné à le retenir. Un silence, bien plus court que ce qu'il paraît à Jérémy, s'installe, comme il en arrive systématiquement quand deux personnes qui n'ont rien à faire ensemble prennent un ascenseur.

"Tu sais, je suis désolé de ne pas être passé te voir à l'hôpital, vieux. Mais j'ai horreur de ces endroits. Ca me fiche la trouille, j'y suis mal à l'aise...

- Ne t'excuse pas, Gilles, je comprends. Je les éviterais aussi, si je pouvais. C'est gentil d'être venu me voir ici, en tout cas.

- Je voulais voir comment tu allais... les collègues ont beaucoup parlé de toi ! D'ailleurs, tiens, on s'est cotisé... Gilles tend le paquet qu'il porte à Jérémy, puis se ravise.

- Evidemment, je suis bête. Je te le donnerai une fois chez toi..."

 

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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 07:00
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman

 

La boîte aux lettres de Jérémy déborde de prospectus colorés ; une floppée s'échappe quand il en ouvre la porte, et se répand sur le sol. Il constate le désordre sans émotion, puis son regard revient dans la boîte. Il y reste quelques courriers d'allure officielle que la texture rèche, très différente du papier glacé répandu sur le carrelage, a empêché de glisser. Le tri est fastidieux mais rapide : un seul retient son attention. Le logo de son entreprise figure sur l'enveloppe, deux "c" en miroir entrecroisés ; celui de droite est dédoublé. Il se demande s'il ouvre le courrier maintenant ou s'il attend d'être rentré dans son appartement. Il se dit qu'il aura du mal à remonter si l'enveloppe ne contient pas la réponse espérée, et prend le parti d'attendre. Il réunit tous les courriers sérieux, puis entreprend de ramasser les publicités. Cela l'oblige à prendre une pose disgracieuse et à produire de douloureux efforts. Il espère que personne n'entrera pendant ce temps. Finalement, il jette les prospectus avec soulagement dans la corbeille qui en déborde déjà : une partie des siens glisse et s'en échappe. Contrarié, il se raccroupit en déséquilibre sur une jambe, l'autre tendue par le plâtre, et tombe sur les fesses, presque au ralenti. C'est à ce moment qu'il entend le bourdonnement électrique du digicode. "Evidemment", pense-t-il avec humeur. Il serre contre lui son tas de courrier, rempart mystique contre l'humiliation.

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