Jérémy prépare du café tandis qu'Avenar, depuis le canapé de tissu noir, observe l'appartement aux murs blancs et nus puis, ne trouvant rien sur quoi fixer son regard, tourne la tête vers la fenêtre. Jérémy est contrarié par cette visite qui retarde le moment où il pourra ouvrir l'enveloppe de X.C.C. Il est d'autant plus agacé qu'il s'en veut des reproches qu'il adresse mentalement à Gilles. Il se demande s'il est ordinaire de se sentir à la fois réjoui et irrité. Après tout, Gilles a fait l'effort de venir prendre de ses nouvelles, et à la vérité, Jérémy a besoin d'un peu de compagnie. Le vide laissé par Rebecca l'affecte plus qu'il ne veut bien l'admettre.
Penser à elle réalimente sa frustration, et il doit produire un effort intense pour revenir à ses devoirs d'hôte. Il sert le café dans des tasses de porcelaine blanche, vieillottes, posées sur le bar qui sépare la kitchenette du salon où Gilles observe ses gestes précis.
La conversation est banale, entrecoupée de silences un peu pesants. Gilles raconte les petites péripéties quotidiennes du cabinet, lâchant quelques innocentes vacheries sur les collègues, les cadres, les secrétaires, les délégués syndicaux... Jérémy opine en souriant aux moments qu'il estime adéquats, plus par convention que par adhésion, sachant qu'Avenar lui-même déroule son récit machinalement. Peut-être cherche-t-il à installer ce genre de connivence professionnelle que Jérémy se sait incapable de lui donner en échange ; quoi qu'il en soit, cela ne paraît pas affecter son collègue.
Puis Jérémy lui dit qu'il en a encore pour quelques longues semaines de convalescence, et qu'il a rendez-vous chez son médecin demain pour préciser tout cela. Il donnera des nouvelles. Il est content d'avoir eu de la visite. Il le raccompagne comme il peut jusqu'à sa porte. Il le salue de la main alors que Gilles s'engouffre dans l'ascenseur. Enfin, il referme sa porte dans un claquement sourd dont l'écho se répercute dans les étages.




Toute la presse en parle