Derrière lui, le pas plus pesant mais plus souple d'Avenar semble jouer le clown blanc. Jérémy imagine bien le sourire ironique décorant la face joviale de son collègue, mais il s'en moque. Au bout du hall, la porte d'entrée vitrée est là, dispensant une lumière terne qui paraît ralentie par les tapis épais et sombres. Il sort, il fait gris.
Sur le trottoir qui monte en pente prononcée, Jérémy n'a pas quitté sa démarche, mais cette fois ses bras l'accompagnent ; sa mallette au bout du gauche joue au balancier de Saturne comme dans une comtoise. Sa tête est fixe, tout comme son regard droit posé sur un horizon imaginaire qui pourrait tout aussi bien être la ligne bleue des Vosges que le fil qui sépare la mer du ciel dans l'oeil de Robinson. Il est probable que, si on le lui demandait, Jérémy soit incapable de dire ce qu'il regarde ainsi. Cela explique sans doute pourquoi il ne voit pas arriver la Volvo lorsqu'il s'engage pour traverser le boulevard. Un incompressible flot d'images parfois familières envahit sa rétine sans qu'il puisse en retenir aucune, en moins de temps qu'il n'aurait fallu pour se dire : "je vais mourir". Le noir l'interrompt aussitôt.



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