Mardi 6 octobre 2009
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Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman
Il a l'impression d'assister à sa propre toilette mortuaire. Une aide-soignante le lave, le rase, l'habille tant bien que mal. Il est assis devant le miroir de la
minuscule salle de bain, immobile, le regard fixe. Il a bel et bien l'impression d'observer un mort.
Il a maigri, ses joues se sont creusées,son teint s'est plombé. Voilà quelques nuits qu'il n'a pas dormi, les yeux braqués sur le lit vide. Et voilà qu'aujourd'hui,
il sort.
Il avait bâti un univers dans cette chambre, et de nouveau on lui retire. Aujourd'hui, il semble s'en moquer complètement, mais le regard vide qu'il se renvoie dans
le miroir couve une fièvre glacée nourrie à sa mémoire bancale. Sa routine bégayante contenue dans neuf mètres carrés de vapeur d'éther avaient donné à ses fantasmes un monde entier aux horizons
flous comme terrain de jeu. Sortir. Il se sent mis sur le banc de touche de sa propre réalité et il a sérieusement envie de crever l'arbitre.
Par CorineTitgoutte
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Lundi 5 octobre 2009
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07:40
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Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman
Rebecca obnubile son sommeil des nuits durant. Elle a pris le relai de sa douleur. Jérémy se sent l'insecte pris dans la toile visqueuse et brillante de l'araignée ;
il adore ça. Dans ses rêves, il est à sa merci, totalement, incommensurablement soumis à ses dictats octopodes et velus. Le fait même de trouver son fantasme malsain lui procure un plaisir qu'il
n'avait jamais jusqu'alors espéré effleurer de l'âme. Il s'emballe. Il se retourne, s'agite, transpire et fait grincer le lit de convalescent. De ses grands yeux sans paupière, Rebecca l'observe
impassiblement, couchée sur le côté. Elle semble penser.
Elle ne détourne pas le regard quand il s'éveille parfois d'avoir trop gémi. Elle tente une craquelure de sourire et se ravise en grimaçant ; il l'a vue. Il aime cette façon qu'elle a de souffrir
pour lui, pour une minauderie coquette et bienveillante.
Et puis Jérémy se réveille pour de bon. Ce n'est pas la douleur, cette fois, qui l'a arraché à ses songes arachnéens, mais un pressentiment vague et lancinant d'absence. Au bout de sa lente
émersion, le sentiment d'urgence presse sa conscience. Il ouvre les yeux à s'en faire mal ; tourne la tête.
On lui arrache un pansement sur une plaie à vif. On le vide, l'aspire. Il opère une dépressurisation sous le poids de la solitude. Il implose. Il ne peut même pas bondir et se jeter contre les
murs. Sa rage et sa frustration se contiennent, impuissantes, dans le carcan des plâtres.
Elle n'est plus là.
Par CorineTitgoutte
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