Mardi 22 septembre 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman

Le médecin, l’air sérieux jusque dans sa blouse boutonnée au col amidonné, lui offre un semblant de sourire tout en consultant la courbe déchiquetée accrochée au montant du lit. Les yeux mi-clos, Jérémy parvient à constater en plus de l’ECG tout l’appareillage qui maintient fermement, pour son bien, son dos contre l’alaise du matelas qui commence à le démanger sérieusement. Une potence sinistre suspend sa jambe gauche comme un voleur de cheval. Des myriades de bouts de métal hérissent sa chair, le faisant ressembler à un hérisson ridicule. Retourné sur le dos, il lui vient l’idée de se débattre pour se remettre sur le ventre et conjurer son impuissance. Il la chasse avec une bouffée de sueur et de douleur. Son bras droit est maintenu à l’équerre dans un plâtre odorant et lourd, son cou enchâssé dans une minerve qui n’a rien de divin, son front emmailloté dans une bande de gaze qui commence à prendre les fragrances rances de ses suées de souffrance.

« Comment vous sentez-vous ? » attaque le docteur. Son ton n’a rien de celui qu’on prend pour engager la conversation. Il n’attend qu’une information. Ce ton mécanique impressionne Jérémy qui ne répond qu’un « bien, bien » pour ne pas avoir à poursuivre l’entretien ; il s’en veut immédiatement. Peut-être va-t-on lui réduire les doses de calmants ? Une vague panique déclenche une nouvelle montée de sueur à ses tempes et – probablement – ses aisselles. Le médecin lui palpe quelques endroits, ce qui le fait frémir sans lâcher des yeux les doigts sûrs et brutaux qui courent sur lui. Lorsque le docteur a fini de le tripoter, il le regarde avec un sourire ce genre de sourire qu’on apprend en même temps que son métier, plein d’une sympathie enfouie sous quelques tonnes de séminaires sur la relation du médecin au patient - et lui lâche quelques mots :

"Bien, vous vous réparez très consciencieusement ; je repasserai vous voir demain." Aucune émotion n'infléchit sa voix. La porte se referme sans bruit ni violence, comme au ralenti ; il ferme les yeux et fait sortir de ses narines un soupir profond qui lui fait mal aux côtes. Puis, comme bercé par l'éloignement progressif de la douleur, il s'endort profondément.

Par CorineTitgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander

Lundi 21 septembre 2009
- Publié dans : En vers et contre tous

L'autre jour je me suis dit

Que ça serait bien que je conduise

Alors je me suis inscrit

A l'école "Fenlabise".

 

A la première leçon

J'ai trouvé ça marrant

De toucher aux boutons

Et de tourner le volant.

 

Et à la deuxième heure

C'était pas plus difficile

Sauf que le moniteur

Me traitait d'imbécile.

 

Puis vint une monitrice

Qui sentait bon comme du pain

Qu’était belle comme une actrice

J'ai perdu mes moyens.

 

Quatrième heure affreuse

J'utilise les pédales

Mais la caisse est capricieuse

Il faut toujours qu'elle cale.

 

Et oui, déjà dix cours

L'expérience m'a montré

Ben qu'à un carrefour

Y faut bien s'arrêter.

 

Vingtième, et le moniteur

Etait vraiment tout pâle

Je crois bien qu'il avait peur

Ou bien qu'il avait mal.

 

Trentième et quand j'en sors

Les autres trouvent ça comique

Le prof a pas l'air d'accord

Plutôt l'air hystérique.

 

Ca se passait plutôt bien

Je n'avais écrasé

Que trois vieilles et un petit chien

Et presque rien abîmé

 

Centième heure et enfin

Après délibération

Je suis prêt pour l'examen

Cette fois c'est pour de bon

 

L'inspecteur a l'air dur

Je sais pas c' qui m'a pris

J'ai cassé la voiture

J'ai pas eu mon permis.

 

J'ai vraiment pas eu de chance

Mais conduire c'est si bien

Que je me rinscris à l'agence

Et je recommence demain.

 

L'autre jour je me suis dit

Que ça serait bien que je conduise

Alors je me suis inscrit

A l'école "Fenlabise".

 
Par CorineTitgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
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