Lundi 12 octobre 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman
Curieusement, c'est en quittant la blouse bleue évanescente de malade et en réintégrant ses stricts vêtements civils que Jérémy se sent devenir fantôme. C'est qu'il a eu pendant ce temps incertain d'alitement le sentiment de complétude qu'il avait jusqu'alors ignoré chercher.
Ses pas se traînent sur le dallage du hall. Il tergiverse en sachant qu'il sortira de toute façon. Il prend une barre chocolatée au distributeur. Il se tourne vers la vaste porte vitrée automatique. Deux silhouettes indistinctes, en contre-jour dans la clarté aveuglante du dehors, pénètrent par là, accompagnées d'un vent glacial et des hurlements stridents d'une sirène.
C'est sans doute ce son qui permet au monde de tourner à nouveau. Jérémy fait un pas dehors. Le volume devient presque insupportable, mais le décor de Jérémy reprend des couleurs et se gonfle d'une vie nouvelle. Il voit le vent promener un sac plastique multicolore, agiter les feuilles des platanes bordant la contre-allée, s'engouffrer dans les vêtements lourds des passants pressés.
Le camion rouge des sapeurs-pompiers passe en trombe, hurlant d'urgence, devant Jérémy. Il sait ce qu'il doit faire ; il a une araignée à sauver des flammes.

Par CorineTitgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Mardi 6 octobre 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman
J'AI DEJA LU CA QUELQUE PART...

Je me questionne beaucoup sur la façon de traiter les impressions de déjà-vu de Jérémy. Du coup, au risque de paraître incohérent, j'emploie un peu toutes les pistes qui se présentent à moi. Ce n'est pas très gênant dans le sens où Jérémy lui-même est dans un moment particulièrement incohérent de sa vie...
Il y a aussi quelque chose de très ludique, comme dans un atelier d'écriture - une consigne, une contrainte : "racontez la même scène deux fois, du même point de vue, mais différemment".
Il y a des techniques :
La directe : "Jérémy est de nouveau la proie d'une impression de déjà-vu." Super. Ca peut servir, remarquez ; le côté clinique, froid et très informatique, genre AFP, porte un sens.
La confusion temporelle : je m'en suis servi pour la première impression. Utiliser les subordonnées du verbe "se souvenir" au présent de l'indicatif.
La réécriture : l'auscultation du médecin est construite sur ce modèle. Seule la phrase du médecin est la même. La première impression est très "impressionniste", justement, faisant appel aux centres émotionnels du cerveau de Jérémy, tandis que la réécriture est très clinique, presque décevante. Mais la réalité est souvent décevante face à l'intensité d'une impression de déjà-vu.
Le symbolisme : l'araignée est directement issue de cette exploration de la réécriture d'une même scène. Le rêve de Jérémy est éminemment symbolique - voire lourdement symbolique. Il résonne avec sa rencontre avec Rebecca qui se lance plutôt sur le côté empirique et réaliste. Mais les deux scènes sont les mêmes.

Je vous laisse la surprise des autres techniques.
Par CorineTitgoutte - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
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