Par Corinne Titgoutte
Mardi 16 juin 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman

"Hé, Jéjé, réveille-toi ! T'es au courant que les bureaux ferment, la nuit ? T'étais où, là ?

- Dans le futur."

Le ton de Jérémy est un peu plus sec qu'il l'aurait voulu. Ce n'est pas vraiment qu'il n'aime pas ses collègues, il aurait plutôt tendance à les ignorer. Mais ils ne peuvent s'empêcher de lui faire des réflexions qu'ils jugent hilarantes. C'est un rien pénible, comme une piqûre de moustique qu'on voudrait gratter en sachant pertinemment que ça ne ferait qu'empirer les choses.

Jérémy se lève et enfile lentement sa veste. Il vérifie son noeud de cravate, toujours très serré. De la main gauche, il prend son attache-case. De la droite, ses formulaires de demande de formation. Sous le regard encore amusé de Gilles Avenard, lui aussi aide-comptable, il sort du bureau pendant que le collègue éteint les lumières. Il suit le couloir jusqu'au bureau de la secrétaire de direction, y dépose ses papiers dans la corbeille d'arrivée du courrier, puis part sans se retourner tandis que l'obscurité emplit les bureaux.

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Par Corinne Titgoutte
Mercredi 10 juin 2009
- Publié dans : Le merveilleux métier d'éducateur
Salut aux collègues.

Un p'tit billet sérieux pour parler de la Convention Collective de mars 1966 qui est en train d'être transformée par la commission paritaire. Les syndicats patronaux ont fait un projet de nouvelle convention où la valeur des diplomes disparait au profit de la fonction exercée, non seulement en termes de poste, mais aussi en termes de lieu d'exercice. Par ailleurs, la nouvelle convention remet en cause les congés trimestriels.

Aujourd'hui, une manifestation était organisée pour protester contre le projet de nouvelle convention. Le parcours aboutissait au lieu où se tenait une réunion de la commission paritaire, vers Saint Lazare.
Arrivée là, la tête du cortège bruyant et bon enfant de quelques milliers de travailleurs sociaux, s'est faite gazer par les C.R.S., sans raison légitime.

C'est sans doute la bonne méthode pour résoudre la crise de vocations dans le travail social, non ?
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Par Corinne Titgoutte
Mercredi 10 juin 2009
- Publié dans : On dit qu'au moment de mourir - roman
Destin

Je me suis forcé à faire quelques recherches. Je n'en avais pas très envie, au départ, si ce n'est me renseigner sur les impressions de déjà-vu. J'aime assez peu l'idée de prendre appui sur des connaissances encore fraîches. Quand j'écris, j'ai confiance en la lente macération de ce que j'apprend qui s'opère en moi. Ce dont j'ai besoin vient tout seul, et donne de la spontanéité, un peu comme une gamme blues pour un guitariste : on la joue sans y penser.
Mais je me suis rendu compte que dans le cas d'un roman, un projet à long terme, la spontanéité ne peut pas suffire. On n'est jamais à l'abri d'un manque d'inspiration, d'un passage un peu faible et sans consistance. Les détails qu'on découvre en se renseignant à fond sur un sujet donnent de nouvelles idées, des directions auxquelles on n'aurait pas forcément pensé.
Ainsi la question du destin. J'en ai une idée assez précise dans le cadre de l'histoire que je veux raconter. Mais en creusant, en faisant des liens, je me suis aperçu que l'histoire de Jérémy a de furieux airs de famille avec celle d'Ajax, l'un des héros de la guerre de Troie.
J'ai relu Sophocle, du coup. Sa tragédie éponyme me donne un guide précieux pour le personnage de Jérémy. Dans Ajax, en effet, le héros est frappé de folie par Athéna. Après avoir été floué par ses alliés, les chefs achéens, Ajax jure de se venger ; une nuit, il se faufile près des tentes des chefs grecs et fait un massacre. Mais Athéna avait voilé ses yeux : il n'a égorgé que des moutons.
Lorsqu'il se rend compte non seulement de son erreur, de la vanité de son acte et de la colère divine qui l'a mené à ce point de déshonneur, il se suicide, alors même que des présages lui prévoyaient un grand destin s'il survivait à la nuit et présentait des excuses aux achéens.
L'ironie de cette histoire est fondamentale pour la compréhension de l'intrigue que je tente de mettre en place.
On ne se sert jamais assez des anciens...

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